Il photographie vos artistes favoris, rencontre avec Titouan Massé

Interview - Titouan Massé - La Platine Intitulée - 17/07/2020

Titouan Massé

De Ty Segall à Eels en passant par Frustration et les Oh Sees, l’appareil photo de Titouan Massé a vu défiler les plus grands noms du rock français et international. À l'occasion de son expo-photo au Bistrot de la Cité, à Rennes, La Platine Intitulée a voulu en savoir plus sur ce photographe rennais talentueux et sur ce métier qui doit en faire rêver plus d’un !


Interview

LPI. Aujourd’hui tu as l’opportunité de photographier et de passer du temps avec des artistes qui sont importants pour beaucoup de personnes et peut-être pour toi, aussi. C'était un rêve de gamin ou c’est le hasard de la vie qui t’a amené à faire cette activité ?

TM. C’est plutôt le hasard, un hasard forcé je dirais. Ça c’est fait au gré des envies, au gré des rencontres. J’écoute du rock depuis très longtemps, j’ai été abonné à Rock & Folk étant ado aussi. Et toute cette imagerie autour de la musique m’a beaucoup bercé, je pense que c’est ce qui m’a donné envie de m’impliquer dans ce milieu.

Dans un monde sans musique, tu t’imaginerais faire de la photo ?

Oui ! Au final ce que j’aime en photo c’est la rencontre. S’il n’y avait plus de musiciens à photographier je pense que je me tournerais vers d’autres modèles.

Aujourd’hui la photographie fait rêver beaucoup de personnes alors que les places sont plutôt limitées. Pour en arriver où tu en es aujourd’hui, ça a dû être un parcours du combattant, non ?

Ça n’a pas toujours été simple, c’est vrai.
Je pense que c’est une question de connaissances, une question de feeling aussi. Des fois tu vas tenter des choses qui te paraissent un peu folles, où tu te dis intérieurement “non mais j’vais pas faire ça, j’vais pas oser” et c’est justement en dépassant cette appréhension que tu vas vraiment avancer dans ton projet.
Il faut se saisir des petits créneaux, de toutes les opportunités qui s’offrent à toi et pas se poser trop de questions. Et c’est souvent dans ces moments là que tu prends les photos qui “restent”, étonnamment.
Il faut aussi beaucoup traîner, observer. C’est souvent beaucoup de temps passé pour quelques photos que tu prendras en quelques secondes. C’est un vrai jeu de patience, ça s’apparente un peu à une chasse parfois même !


Les étranges mimiques de John Dwyer, leader des Oh Sees. Par Titouan Massé.


Même si ça peut sembler être un job de rêve, ça ne doit pas toujours être simple comme milieu, je suppose que la crise du COVID n’a pas été spécialement évidente à gérer ?

C’est clair qu’au début c’était un peu chaud. Voir l’été s'effondrer ça n’a pas été facile à vivre. J’attendais vraiment que la saison des festivals se lance et quand j’ai vu les dates s’annuler les unes après les autres c’était vraiment un sacré coup dur.
Maintenant ça va mieux. Dernièrement j’ai pu passer un peu de temps en studio avec les It It Anita, à Laval. Ça m’a reconnecté à la musique c’était super. Plus récemment, la semaine dernière, j’ai pu suivre une artiste en résidence à L’antipode (L'Antipode MJC à Rennes) et j’y retourne dès la semaine prochaine. Donc même si l’été n’est pas aussi dense qu’espéré, j’arrive quand même à m’occuper un peu. Je vais essayer de prendre du temps pour moi aussi, c’est l’occasion..



Tu ne fais pas que des photographies de concerts, tu fais aussi beaucoup de portraits d’artistes. Comment ces rencontres s’organisent-elles ? C’est toi qui viens spontanément vers eux?

Oui ça m’arrive, car c’est souvent bien plus simple de gérer ça avec l’artiste en direct.
Mais en festival, où les groupes sont moins accessibles et où tu dois passer par des intermédiaires, je fais comme des demandes d’interviews… sauf que je demande des portraits. Malheureusement ça passe pas toujours, car on est rarement prioritaires en tant que photographes. Les interviews, justement, ont tendance à nous passer devant. Et parfois, même quand ta demande est acceptée, l’artiste n’est même pas prévenu et ça donne des situations un peu bizarres… et tu te retrouves à improviser, en direct.
Idéalement, j’essaye de contacter les groupes sur Instagram pour m’éviter ce genre de situation. Ça marche plutôt bien !

Les réseaux sociaux sont des outils importants pour toi, notamment au moment de rentrer en contact avec les artistes ?

Ouais carrément !
Quand je veux vraiment prendre un portrait j'essaye de voir l’artiste en live avant, d’y prendre quelques photos et puis de les lui montrer au moment où je le contacte. Quand l’artiste aime bien mon travail c’est toujours plus simple d’engager la conversation avec lui !
C’est pour ça que j’aime bien Instagram notamment. C’est plutôt bien foutu et ça me permet d’avoir un portfolio très facile d’accès. Ça me sert beaucoup pour avoir ces fameux portraits et pour prolonger le contact avec les artistes.
Ça fait partie de mon travail aujourd’hui.

Il y a un groupe ou un artiste que tu adorerais photographier ?

Eh bien… Y en a plein ! Tu as cité Eels tout à l’heure, ce mec là j’aimerais vraiment le rencontrer en vrai, passer du temps avec lui et en tirer quelques portraits [Titouan a seulement eu l’occasion de le photographier sur scène]. Il y a Jack White aussi et puis avoir les Kings Lizards au complet ça serait assez marrant également !
Et puis Neil Young aussi...


Mark Oliver Everett, l'étrange génie derrière le groupe Eels.


Cette semaine tu organises une expo-photo à Rennes, au Bistrot de la Cité, je suppose que pour un photographe ça doit toujours être un moment assez particulier, non ?

Oui c’est sûr. Même si les gens connaissent ton travail c’est toujours stimulant de proposer une sélection de photos sympa et cohérente, qui s’adapte bien au lieu où tu exposes.
Et je préfère savoir tous ces cadres exposés plutôt que de les voir trainer chez moi… J’ai tout installé vendredi dernier et le Bistrot et moi on est super content du résultat, c’est cool !

Comment est-ce que tu choisis les photos que tu exposes ?

C’est souvent le lieu qui détermine beaucoup de choses... et les gens qui m’y invitent !
Le Bistrot c’est en endroit particulier, quand j’y vais j’y croise les gens de Visions, de Beast Records et de Binic même. C’est quand même un lieu culte de la musique à Rennes depuis des années. Alors j’essaye de choisir quelques photos qui font référence à cette histoire là.


Titouan Massé expose ses photos au Bistrot de la Cité à Rennes (on y retrouve les grimaces de John Dwyer)


Samedi soir, le vernissage de cette exposition se fera en partenariat avec la revue Persona et le webzine Lust 4 Live, tu es proches avec ces deux magazines ?

Persona a fait une interview de moi dans leur magazine en début d’année. Le numéro est sorti en mars et à cette occasion on s'était dit qu’on devrait faire une soirée de lancement à Rennes pour présenter la revue. Évidemment avec le confinement ça c’est pas fait mais on se rattrape maintenant pour leur numéro du mois de juillet.

Titouan Massé a réalisé une dizaine de photos pour le magazine, dont la couverture du onzième numéro. Certaines d’entre elles sont exposées au Bistrot de La Cité, à Rennes, cette semaine.


Et puis les créateurs de Lust 4 Life sont pour certains des contributeurs de Persona, ça reste un peu les mêmes personnes finalement, et elles m’aident à organiser cet événement.

Si demain, après avoir vu ton exposition, un jeune te demande un conseil pour que lui aussi puisse réussir dans la photographie, et notamment dans le milieu de la musique, lequel lui donnerais-tu ?

Ça dépend du parcours du chacun ! Moi j’ai démarré dans les bars et j’y retourne toujours. C’est souvent là qu’on fait de très bonnes rencontres.
Il ne faut pas oublier de bosser sa technique non plus… la photo c’est pas aussi simple que ça, mine de rien.
Et enfin, penser à se faire plaisir et foncer sur toutes les opportunités. C’est en s’éclatant dans ce que tu fais que tu vas pouvoir aller loin...


La Platine Intitulée remercie chaleureusement Titouan Massé pour s'être prêté au jeu. Si ce n'est pas déjà fait, on vous invite à aller voir son exposition au Bistrot !
Le portfolio de Titouan Massé peut être visité ici.
Et son Facebook ici.

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photo auteur mael

Mael

Étudiant en webdesign, guitariste modeste et passionné par une musique dont il cherche encore à comprendre les codes les plus simples, Mael est le fondateur de La Platine Intitulée. Périodiquement, il y partage ses avis et ses découvertes. Et à défaut d’intéresser grand monde, il s’amuse comme un petit fou. Instagram


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