Bière et amertume : Songs Of Praise par Shame

Une nouvelle preuve que le rock désanchanté a encore sa place dans nos discothèques

Par Mael

le 14/03/2019

Dans Albums

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C’est en février 2017 que Shame connaîtra ses premiers echos. La sortie de Visa Culture, véritable doigt d’honneur à la politique de Theresa May et qui n’est non sans rappeler le tranchant et l’amertume de Margaret on the Guillotine de Morrissey, est en effet un acte clef dans l’histoire du groupe ayant composé l’album qui nous intéresse aujourd'hui: Songs Of Praise. Amis depuis le primaire, les cinq londoniens ont déboulé avec entrain dans le nouvellement tonitruant paysage du rock anglais. Leur premier essai évoqué plus tôt a particulièrement conquis le coeur des amateurs et s’est définitivement imposé comme un des disques les plus qualitatifs de la précédente année. Retour sur une élogieuse ascension.

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Partir de rien pour en arriver où ?

C’était initialement pour s’occuper entre deux années scolaires que les jeunes bougres de Shame s’étaient décidés à répéter avec plus ou moins d'assiduité au Queen’s Head, pub relativement fréquentable de la capitale anglaise. Remarqué pour ses performances scéniques sans équivoques, le groupe évolue très vite et accède assez tôt à des salles et festivales mythiques avant même la sortie de leur premier album. Ils ont ainsi eu l’occasion de jouer entre autres au prestigieux Glastonbury Festival ou encore au Pitchfork Music Festival de Paris, accueilli par une foule, bien que parfois disparate, toujours conquise par l’incroyable énergie émanant de la formation.


“Tu te sens intouchable dans ces moments, parce que tu te fous de ce que les gens pourraient penser de toi. Nos concerts sont des moments où l'on essaie de briser la frontière entre le public et nous-mêmes. Au début il nous arrivait de jouer pour trois personnes, mais ce n'était pas grave [...]” Via SoundOfViolence


Sans grande surprise, le groupe trouve donc vite sa place chez un label réputé (à savoir Dead Oceans) et commence à s'atteler à la composition de son premier album. Dans le même temps, la presse s’empare du phénomène, n’omettant hyperboles et démonstratifs pour définir un groupe qui pourrait bien incarner le tant pronostiqué revival rock de 2018. Les gamins de Shame étaient donc attendus au tournant et ont, pour ne pas tomber dans l'exagération, largement su relever le pari.

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Pourquoi faut-il écouter Songs of Praise?

Tout d’abord pour son mix. Je vous l’accorde, il est assez rare qu’une review d’album entame ses justifications en citant ce point. Cependant, après une réflexion relativement poussée et une légère introspection vis-à-vis des éléments qui me poussaient à écouter encore et encore cet album, je me suis rapidement aperçu que le travail de Dan Foat & Nathan Boddy aux manettes du studio était un point déterminant quant au succès du disque. Le constat est simple: tout est parfaitement calibré. La voix écorchée et parfois dissonante de Charlie Forbes trouve parfaitement sa place aux côtés de ces guitares folles, garantissant à elles seules l’ambiance du projet et apportant la surprenante touche de couleur à Songs Of Praise. La basse, au combien cruciale dans mes critères d'appréciation, est parfaitement exploitée et use intelligemment d’un ton singulier et très postmodernisme pour se démarquer des brillants instruments évoqués plus tôt. Elle ressort particulièrement sur The Lick, avec cette sonorité si ronde et orgueilleuse. Enfin, la batterie, bien qu’assez discrète sur les enregistrements studio, dévoile réellement sa puissance en live où les rythmiques ultra-efficaces du groupe ressortent bien plus: un délice.

D’autre part, pour assurer son efficacité et sa cohérence, l’album s’appuie sur des structures, certes très répétitives, mais au combien efficaces. Ces dernières sont très simples à illustrer : deux alternances couplets-refrains, un pont se terminant par une montée en tension basée sur des répétitions et conclues par un cri primal relançant les riffs du refrain. C’est tout basique, déjà vu un peu partout mais, bordel, ca n’a rarement été aussi bien exploité que sur Songs Of Praise. Les compositions sont donc soignées, parfaitement adéquates aux petites salles de concert puant la transpiration et, assez paradoxalement je l’admet, aux marches nocturnes.


Rien qu’avec ces deux points, je pourrais déjà affirmer que Shame a déjà tout d’un grand. Concerts mythiques, leader charismatique et alchimie communicatrice, tous les éléments sont déjà réunis pour faire du groupe un sérieux acteur du revival rock dont nous connaissons aujourd’hui les balbutiement. Cependant, et vous l’avez sans doute déduit à la vue de la longueur de l’article, je n’ai pas fini d’essayer de vous convaincre à écouter ce petit bijou, alors, et cela sans aucune gène, je compte bien continuer à vous énumérer les points qui font de Songs Of Praise un des meilleurs albums de 2018.

Les paroles des différents morceaux de l’album abordent différent thèmes: relations toxiques, être jeune et fauché à Londres, l'amère politique de May...Comme a pu le révéler le groupe dans divers entretiens, le futur reste relativement peu abordé et l’essentiel des mots de Forbes s’articulent autour du présent, en s’attardant sur ces moments de désillusion, de désespoir et de joie éphémère. Comme avaient pu le faire les Smiths avant eux, il est ici beaucoup question de routine, parfois d’espoir et de tentative de prise de position politique désenchantée sous l’effet des pintes. No futur, mais beaucoup de vin pour le moment.


Quant à la trackliste, cette dernière se voit particulièrement complète, avec des momentums très mélodiques, notamment incarnés par le très bon One Rizla, entrecoupés de d’intenses montées en puissance sur des morceaux comme Gold Hole ou encore Friction. Ces derniers se retrouvent particulièrement en deuxième partie d’album, préparant sagement le terrain au petit chef d’oeuvre du projet: Angie. Plus longue et plus rigoureuse que la moyenne, ce magnifique final a été inspiré d’une histoire d’amour tragique et gagne facilement l’auditeur avec ce riff si distingué et cette montée en puissance si contrôlée. Elle représente pour moi le format idéal pour conclure un disque, moins frénétique et plus romantique dans le sens littéraire du terme, Angie reste très certainement le morceau à retenir de Songs Of Praise.



Je crois qu’on a plus ou moins fait le tour et j’espère avoir pu vous convaincre de prêter attention à ces cinqs londoniens. Leurs compositions, à la croisée entre Joy Division et The Fall, ne vous laisseront pas certainement pas insensibles et seront susceptibles de vous accompagner de longs mois durant. Song Of Praise est déjà un petit classique et je me tortille déjà d’impatience quant à la sortie du prochain album du groupe (ça ne devrait plus trop tarder si tout va bien). A bientôt !

Points positifs

Une ambiance soignée et virulente.

Une très bonne gestion du mix.

Un rock sans paillettes comme on aimerait en voir plus.

Cette très bonne caricature de 'Pet Sounds' via la pochette.

Points négatifs

Un ou deux morceaux très nettement en dessous.

8.7

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