'Science Fiction', voyage au coeur de la déperdition

Pourquoi le cinquième opus de Brand New reste un album majeur de 2017

Par Mael

le 15/05/2019

Dans Albums

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Octobre 2017, nous sommes quelques mois après la rentrée des classes et bien naturellement, mon coeur, à l’image du temps maussade de l’époque, est bien froid. Perdu dans un champ de désillusions aussi bien sentimentales que musicales, je navigue, chaque jour, sur le chemin du lycée avec cette drôle d’impression de ne plus savoir pourquoi je mets encore un pied devant l’autre. Tout adolescent se respectant à probablement déjà connu ces petits coups de mou. Rien d’alarmant en soi, juste une remise en question identitaire qui, malheureusement, est souvent amenée à primer sur le reste.


J’étais donc en plein dans le creux de la vague, attendant avec patience la prochaine déferlante qui m'emmènerait vers de plus naïfs rivages. Comme évoqué plus tôt, sur le plan musical, j’étais tout au moins aussi paumé que dans la vie que je menais à l’époque. Lassé des artistes hip-hop dont je souhaitais m’émanciper, fatigué des groupes de rock dont tout le monde connait les tubes, j’étais à la recherche d’un quelconque renouveau. N’importe quoi pour être honnête, mes critères étaient souples et s'articulaient juste autour du concept du “groupe-pas-connu-mais-qualitatif-t’as-vu-comme-je-suis-différent”. C’est donc sans grands efforts d’imagination que je me rendis sur la page d’accueil de BandCamp et que je selectionna à l’aveugle quelques albums à écouter pour diversifier mes playlists. Vous vous en doutez à présent, parmi eux figurait Science Fiction, le dernier album de Brand New.

Du son tout neuf

Je ne le savais pas encore à l’époque, mais le groupe précédemment cité est une pierre angulaire du mouvement EMO. Oui, je sais, sur le papier ce titre n’est peut-être pas le plus honorifique. Cependant, et comme j’allais pouvoir le constater de mes propres oreilles par la suite, Brand New était quelque peu différent de tous les autres. Alternatif par nature, injuste à défaut de pouvoir l’être et émotif car sachant comment l’exprimer, ce groupe était tout simplement tout ce dont pouvait rêver un ado un peu paumé en quête d’identité.

Pour la petite histoire, Brand New, entre 2001 et 2009, a publié 4 albums que je ne peux m'empêcher de vous conseiller (du moins spécialement les 3 derniers). Cependant, après tournées et supposées tensions au sein du groupe, les membres prennent de la distance et l’avenir de la formation semble bien incertain. Les fans devront attendre 2015 pour apprendre des nouvelles du groupe et finalement 2017, pour la sortie du cinquième album de la formation, 8 ans après le dernier, à savoir Daisy. La sphère indie s’est donc précipité sur ce morceau de fantaisie pur, faisant de Science Fiction un succès tant commercial (du moins pour un groupe indépendant) que critique. Pitchfork arrose généreusement l’album de compliments, Sputnikmusic lui attribue sa note maximale et, plus généralement, le public ne retourne que louanges envers ce dernier.

>> Lire aussi: Deux semaines: 15 albums, 15 résumés par Mael

EZRA sur scène

‘Science Fiction’ ou comment instaurer une ambiance

Science Fiction est ce qu’on appelle un ‘concept-album’, une production qui prend vie à travers le sens que lui procure le déroulement des morceaux, à travers le fil directeur de ses intrigues et à travers sa teinte musicale globale. L’album dont il est question aujourd'hui brille de par ses aspects et c’est particulièrement ces points qui ont développé mon attachement envers cette production, il y a déjà près de deux ans. Le parti pris n’étant pourtant pas si simple. En effet, avec Science Fiction, Brand New avait pour objectif de parler de dépression, de passé douloureux de thérapies foireuses ou encore de spiritualisme. Des thèmes déjà maintes fois revus (spécialement dans le genre de plus) qu’il semble difficile de dissocier des messages et cicatrices classiques de tous ces artistes tristes dans leur chambre. Cependant, de par une production soignée et une direction artistique assumée, le groupe a su passer outre ces pièges faciles en proposant un album encore unique dans notre paysage musical.


Pour arriver à tel succès, Brand New a déployé un voile sombre sur tout le projet, un rideau tacheté où la noirceur des interludes n’est que procédé pour valoriser la puissance des morceaux les précédents. Tout l’album est d’un dérangeant opprimant, d’une maladive oppression. Dès, Lit Me Up, son morceau d’ouverture, Science Fiction nous accueille avec un extrait cassette d’un dialogue entre un thérapeute et son client. L’ambiance est saturée, le discours digne d’un film d’horreur et la tension omniprésente. ‘I Don’t Know What’s Inside On Me’. Ces mots de la patiente résume peut-être tout ce qu’a souhaité exprimer le groupe sur ce disque.



Science Fiction est une succession d’hymnes dépressifs à l’acoustique, de déchirantes résignations sur fond explosif de distorsion. Je me revois encore, secoué par l’impuissance émotionnelle qu’évoque Jesse sur Can’t Get It Up et transporté par les mélodies très SF de 137. Chaque morceau n’est que l’exposition d’une pierre ayant servi à construire les bases d’une personnalité rongée par le doute, les regrets et l’excès.

“You were young once before, you know how we get our way”

Dans sa noirceur, Science Fiction est d’une beauté sans pareille. Harmoniquement parfait et ne souffrant point de sa longueur, c’est un album qui a particulièrement aidé le jeune désabusé que j’incarnais à mes 17 ans. C’est le genre de production qui a façonné ma relation à la tristesse, aux doutes et aux heureux accidents que j'appelais autrefois erreurs. Alors, et je ne saurais le dire plus sincèrement, aller écouter cet album. Perdez-vous dans sa folie, retrouvez-vous dans ses éclats de vie et souriez naïvement devant la prochaine personne qui tentera de faire passer vos vagues à l’âme pour de l’imagination pure, pour de la science fiction.

Points négatifs

8.9