Track by Track: l'importance d'être une Idles

Pourquoi Idles reste le groupe majeur de 2018

Par Mael

le 01/03/2019

Dans Albums

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“Pouah, t’façon pour le punk c’est bien connu, les paroles s’écrivent à moitié desséché d’la veille et sans réelles ambitions lyriques, c’est vraiment pas ça qui fait l’essence des morceaux.” Alors oui, parfois, mais non, pas tout le temps. Il serait vraiment absurde, en 2019 d’autant plus, de résumer le travail des paroliers du punk à celui d’un ramoneur piochant d'obscures inspirations d’on ne sait où. L’histoire nous l’a prouvé, que cela soit avec les Buzzcoks et leur d’You Ever Fell In Love With Someone?”, jouant sur l'ambiguïté des genres, les plus nombreux que l’on ne le croit moments poétiques des Clash et, plus récemment, avec le fantastique album d’IDLES, les paroles du genre ont vu leurs champs lexicaux se consolider nettement avec les années. De ce fait, pour illustrer cette plaisante conclusion, je vous propose aujourd’hui de vous intéresser au formidable travail de Joe Talbot, parolier du groupe précédemment cité, sur le dernier album de sa formation: Joy As An Act Of Resistance.

Pour cette review axée sur les lyrics, je compte éviter les pavés plutôt pompeux et prétentieux tant sur la forme que sur le fond, je vais plutôt essayer de vous présenter les quelques points essentiels à comprendre pour appréhender au mieux le très mérité succès du groupe. On va donc spécialement s'intéresser aux paroles et tenter d’y déceler les quelques avertissements du groupe. On va procéder chanson par chanson et tout se passera bien !

Enfin, je tiens à préciser que j’éviterai au plus les traductions hasardeuses, je n’ai nullement envie de déformer tel ou tel propos (mais de votre côté n’hésitez pas à faire un petit détour par un site de traduction).

Cliquez ici pour écoutez l'album

1 - Colossus

Colossus est donc la première chanson de l’album et n’est pas forcément le plus évident des supports pour disserter tant elle base plutôt son efficacité sur son ambiance et son introduction aux morceaux qui suivront. En effet, ses approches brutales, son climat anxiogène allant crescendo en tension et sa construction en deux parties synthétiquement distinctes lui assurent une place au panthéon des openings d’albums. Cependant, quelques éléments sont intéressants à traduire pour bien appréhender l’univers du groupe.

"I'm like Stone Cold Steve Austin
I put homophobes in coffins
I'm like Fred Astaire
I dance like I don’t care
I'm like Ted DiBiase
I win no matter what it costs me"

On a donc ces comparaisons répétées mettant en corrélation une personnalité américaine avec un comportement qui lui est typique.
La première d’entre-elles reprend la figure de Steve Austin, ancien catcher s’étant explicitement prononcé en faveur de mariage pour tous aux Etats-Unis. Cette mise en relation est intéressante, Steve Austin est une brute de 120 kg, jouant des rôles violents majoritairement suivis par une Amérique disons... très puritaine. Steve Austin épouse donc parfaitement les premières impressions qui peut dégager IDLES, un groupe aux sonorités violentes, écouté par des gens pouvant l’être tout autant. Cependant, pour les deux partis, les formes abruptes de leurs contours cachent finalement une ouverture d’esprit conséquente ainsi que des prises de positions osées dans leur milieu. Ainsi, et on aura l’occasion de ré-aborder ce point par la suite, IDLES affirme dès son premier morceau son message de tolérance. Mignon.
Par la suite, le groupe reprendra l'image d'une autre célébrité du sport de combat, à savoir Ted DiBiase


Le deuxième personnage abordé est Fred Astaire, danseur américain ayant souffert d’une déformation des pieds dans sa jeunesse. Avec force et persévérance il a réussi à dépasser son handicap pour devenir danseur professionnel et populaire. Une belle réussite et un beau symbole du champ des possibles, à l’image du groupe qui compte quand même un dentiste dans ses rangs. Un dentiste.


Avant de passer au prochain morceau, je me tiens tout de même préciser qu’IDLES n’est pas nécessairement un groupe fan de catch. De amnière évidente, la formation se sert plutôt de cette allégorie pour se représenter sous des traits violents et pas nécessairement délicats à la première approche. IDLES se dessine ainsi tel un combattant du ring, dans un milieu hostile et attirant l’attention à travers ses gimmicks violentes. Cependant, une fois la carapace craquelée, le groupe laisse évidemment entrevoir son réel message et sa sincérité jamais en retenue.
“The tone of our music is violent, and we want to sustain that, because we think that violence as a tone is a beautiful way of getting people’s attention,” Les premières bases de l’album sont donc posées.

Le clip est sublime, allez y jetter un oeil !

2- Never Fight a Man With a Perm

Deuxième morceau de l’album et certainement mon préféré. Point de vue lyrisme, la composition est ici très intéressante, notamment vis-à-vis de l’image qu’elle dépeint de la masculinité.

“You look like a walking thyroid
You're not a man, you're a gland
You're one big neck with sausage hands
You are a Topshop tyrant
Even your haircut's violent
You look like you're from Love Island
You stood and the room went silent”

Joe Talbo dresse ici le portrait d’une pseudo-virilité qu’il haït. Dans l’extrait que je vous ai sélectionné, on retrouve la notion de thyroïde, une glande située dans le cou responsable d’une bonne partie de la production hormonale. Dans le jargon anglo-saxon, être un “thyroïde case” revient à être un harceleur basant sa relative supériorité sur son physique et sa détermination. Le message est de plus une pique d’humour populaire afin d'alléger le thème, un appel à la baston générale contre les hommes aux mains de saucisses.

Il est aussi question de la téléréalité anglaise “Love Island” qui reprend ligne par ligne les absurdités passant elles aussi à la télévision française: des mecs obsédés par leurs physiques, des filles aux QI de poules et une mise en scène axant toujours plus son contenu sur la provocation.

J’ai encore un peu de mal à appréhender la satire en relation avec Topshop, une célèbre marque de prêt-à-porter. Cependant, on peut peut-être relationner ça au vécu de Talbo, qui voit dans ces vêtements très mainstreams et parfois peu accessibles, une preuve d’un conformisme peu préparé à affronter la différence.


En résumé, le message du morceau porte sur certaines formes de la masculinité pouvant se révéler toxiques, un thème évidemment cher au groupe et qui se retrouvera dans l’album à plusieur reprise par la suite. Cependant, n'imaginez pas ici que la formation se peint comme blanche face à ses comportements. Le morceau retrace en effet des agissements dont elle n’était pas étrangère, à l’image de ce qu’a pu révéler Joe Talbot pour Kerrang!: “I used to be a real piece of shit and I used to be surrounded by that sort of behaviour, violent behaviour that was through boredom. I was surrounded by these really angry men and I wanted to reflect on how ludicrous it was. It was also to give people a bit of advice and never start a fight with a man with a perm. I’ll tell you that for nothing (laughs). I wanted to portray the imperfect side of me, because I hate that idea people think I’m trying to come across as perfect; this messiah-like figure who’s like, ‘Hey guys, let’s all be nice to each other… life can be better if you just be nice’. That would be nice, but the reality is that life is savage. It’s just a reflection on the ugliest part of my personality. “


Ou encore pour npr: “ I wanted the song to be an exploration of the horrid corners of my past; the bit I felt shame from. I think of my art as a way of being vulnerable, an exercise in catharsis, and a reflection of my ugliness that can exalt shame.”

>> Lire aussi: Review de 'Still Life' par Matis

3 - I'm scum

"I wanted it to be a celebration, a defiant parade of all the things." Joe Talbot

Typiquement le genre de morceau défouloir ou l’auteur balance tous les pires traits de sa personnalité pour mieux l'accepter par la suite. C’est un morceau écrit communément par tout le groupe, où chacun à pu en dire un peu plus sur sa personne, et plus précisément sur ses aspects les plus sombres.

J’adore ce morceau, il reprend à merveille les rythmiques de parades militaires où ici le but ne serait pas de faire état de sa puissance armée mais bien de ses faiblesses. Musicalement c’est peut-être le plus réussi de l’album, les temps sont maîtrisés et les montées en puissance grandioses. Néanmoins, aujourd’hui on s'intéresse plutôt aux paroles, alors on va essayer de pas trop tergiverser.


Ici je n’ai pas spécialement sélectionné d'extraits tant le tout est intéressant et se réduirait à être plutôt désuet si pris séparement. On retrouve cependant quelques éléments clefs pour comprendre l’univers du groupe. Tout d’abord de nombreuses références aux classes modestes d’Angleterre, notamment avec I'm council housed and violent qui symbolise cette lower-class prête à tout pour paraître plus aisée en empruntant des codes qui lui sont impropres, ou encore avec “Spit in your percolator, I am procrastinator” représentant cette jalousie viscérale des plus modestes envers la classe moyenne, à travers la nation de “percolator”, ces machines à café très répandu parmi la classe moyenne anglaise.


Il est aussi question de problématiques très concrètes de la vie et du paysage anglais, comme la disparition des petits commerces: “I'm just wondering where the high street's gone” et du rejet des préoccupations des plus grandes instances du pays: ”I don't care about the next James Bond/ He kills for country, queen and god/ We don't need another murderous toff”


“I’m scum” n’est pas forcément un morceau très bavard, plutôt une ode nihiliste à la désinvolture et à l'acceptation de soi.

4- Danny Nedelko

Entre hommage et chanson engagée, le marquant Danny Nedelko est le second single de l’album. L’ambition était ici de mettre en lumière la population anglaise issue de l'immigration, à l’image de Danny donc, un ex-ukrainien et ami du groupe (il est aussi leader du groupe Heavy Lungs).

“[couplet]
My blood brother is an immigrant
A beautiful immigrant
My blood brother's Freddie Mercury
A Nigerian mother of three
[pre-refrain]
He's made of bones, he's made of blood
He's made of flesh, he's made of love
He's made of you, he's made of me
Unity!

Dans la pure tradition punk, le morceau est composé comme un hymne appelant à l’unicité et à la cohésion.Danny Nedelko est une de ses chansons donnant envie d’aimer son prochain. La première phrase de la chanson résume à elle seule le morceau. Mon frère de sang est un immigrant, un magnifique d’autant plus. Pas besoin de faire un dessin. On retrouve aussi une allusion à Mercury, enfant de l’immigration africaine, qui s’est finalement imposé comme une des personnalité les plus impactantes de son époque. En rappelant la figure de ce héro du rock britannique faisant l'unanimité sur ses terres, le but était ici de rappeler aux gens que s’ils avaient aimé Freddie, ils pouvaient bien aimé Danny.


It's not just those immigrants; it's people, it's their families. We're not attacking those who voted for Brexit or who are anti-immigration, it's a reminder of how they are real people, real families, and all the love involved with that. We want to open minds."


Cette volonté exprimée par Talbot pour Upset se retrouve donc particulièrement dans le refrain, un refrain scandé de milles espérances, incitant à l’ouverture d’esprit et à la rencontre, des thèmes évidemment primordiaux dans un context géopolitique où les ethnies viennent à se mélanger de plus en plus fréquemment.
Unity!

Danny Nedelko

5- Love Song

C’est une chanson d’amour! Sur cet air amenant tension et oppressante implosivité, Joe Talbot nous montre à quel point il aime sa compagne avec laquelle il a notamment traversé le pire en perdant sa petite fille.

Bref, vous attendez pas à des violons mais bien à des sonorités crues et des paroles l'étant tout autant.

“I wrote a love song
'Cause you're so loveable
I carried a watermelon
I want to be vulnerable”

En vrai, l’extrait sélectionné est juste super marrant car il comporte une référence à un sacré film de bonhomme, à savoir Dirty Dancing:


Oui, à un moment il est question de pastèques, pour un groupe de punk, cette référence plutôt kitch est vraiment bien vue. Casser son statut avec des frasques décalées pour aborder des sujets plus personnels et touchants, c’est malin (et mignon).

Deuxièmement, on retrouve encore une fois cet appel à la vulnérabilité. Un chemin de vie pour lequel a opté Talbot afin de mettre définitivement sur la touche toute forme de masculinité toxique qui le rongeait par le passé.


“Vulnerability is a vehicle of showing who you truly are. What we do is hide parts of ourselves that we don’t like because we’re told not to like them by society. The more you learn to love yourself, who you are, your entirety, and listen to yourself long enough, you become confident enough to show all of yourself. You become more confident in listening to other people; they’ll be vulnerable to you and it’s a more lucid and fair conversation going on between different people.”


Vous remarquerez que depuis le début je vous bombarde un petit peu de citations mais c’est vraiment dans le but de vous faire comprendre que je sors pas tout ça de mon chapeau. Tout ce que j’affirme ici se retrouve à travers les interviews du groupe qui n’a point peur d’assumer ses positions en dehors de ses morceaux.


Dans le but de changer son comportement et accepter sa nouvelle sensibilité, Talbot a notamment multiplié les lectures, avec des auteurs comme Grayson Perry par exemple. Ce dernier théorise notamment dans The Descent of Man une approche plus sensible de la masculinité, à base de robes, de confusions des genres et d'acceptation de soi-même. Des thèmes qui se retrouvent implicitement dans Joy As An Act Of Resistance.

Cette ouverture d’esprit n’est cependant pas inédite au punk, en 2018 Parquet Courts rejetait par exemple le modèle du mâle alpha dans Wide Awake! et Mattie Jo Canino de RVIVR s’est presque toujours féminisé lors de ses prestation scénique.

Ainsi, bien que le mouvement accueille presque exclusivement des hommes dans ses rangs, les mentalités semblent, et cela bien avant d’autres genres musicaux, converger vers une tolérance plus étendue vis-à-vis de ses notions de vulnérabilité, de féminité, de question des genres...

“There's no real anything in terms of gender... it's all fake” Joe Talbot.

Plus pompeux que Dirty Dancing, le morceau se targue aussi d’une autre belle référence à Einstein qui disait (et cela très poétiquement) ceci:
“Men marry women with the hope they will never change. Women marry men with the hope they will change. Invariably they are both disappointed.”
C’est bien évidemment conté sur un ton plus rageur, mais le message et l’allusion restent identiques:
“You try and you try and you try and you try To make me change I hope and I pray and I pray and I pray You'll stay the same”

Alors, soyez vulnérables, écoutez-vous, écoutez les autres et n’oubliez pas les pastèques à votre prochaine soirée déguisée.

6- June

Morceau plus intimiste et majoritairement axé sur son ambiance et sa composition, June fait référence au drame abordé plus tôt, à savoir le décès de la première fille de Talbot, Agata. Un enfant qu’il désirait tant encourager à être différent et affranchi des règles sociétales. Émouvante et prenante, la chanson est un coup de maître concluant à merveille la première face de l’album.

[couplet]
A stillborn but still born
I am a father
A stillborn but still born
I am a father
[...]
[refrain]
Baby shoes for sale: never worn
Baby shoes for sale: never worn
Baby shoes for sale: never worn
Baby shoes for sale: never worn

Le couplet présenté ci-dessus suggère l’impact qu’a représenté la perte du nourrisson au yeux du parolier. Même si cette dernière n’a que peu connu le monde, Talbot se sent pourtant père et avoue vouloir assumer ce rôle tout de même. D’après ses mots, cette chanson le libère et il se sent donc plus léger de pouvoir partager et représenter la peine des parents endeuillés, à l’image de ce refrain nous arrachant le coeur: Chaussures de bébé à vendre, jamais portées.

“In a sense I am a father now, even though I’m not, and it’s either drink myself to death or start respecting myself.” Joe Talbot.

Je pense que le morceau ne prête pas à de multiples interprétations, le message est clair est sans ambiguïté. En plus d’être un hommage tout à fait respectable à sa fille et à sa douleur, la chanson reste un beau témoignage d’une grande partie de la rage d’Idles: un passé douloureux aux souvenirs ne cessant de d’aboyer la peine liée aux blessures vives de la vie. Prestation incroyable.

7- Samaritans

Suite directe à Never Fight A Man With A Perm, Samaritans traite elle aussi de la masculinité toxique et de ses inévitables dérives.

[couplet]
Man up, sit down
Chin up, pipe down
Socks up, don't cry
Drink up, don't whine
Grow some balls, he said
Grow some balls
[pre-refrain]
The mask of masculinity
Is a mask, a mask that's wearing me
The mask, the mask, the mask
[refrain]
I'm a real boy, boy, and I cry
I love myself and I want to try
This is why you never see your father cry
This is why you never see your father cry
This is why you never see your father

Avec un premier couplet contant les insultes fréquemment adressées aux hommes (spécialement aux jeunes) peut-être plus sensibles et moins démonstratifs quand la moyenne, Idles reste dans son thème de prédilection.
On retrouve notamment la notion d’alcool, en relation avec l’alcoolisme dont souffrait Talbot lors de ses années noires, celles qu’il considérait comme toxiques pour ses semblables.



Le pré-refrain joue sur une assonance entre le masque et la masculinité. Poétique dans sa forme comme sur son fond, ce jeu sur les mots explicite la relation entre l’homme et sa potentielle narcotique masculinité: un masque que l’on porte et sous lequel uniquement les sentiments et la vulnérabilité se libèrent.


Ce passage joue aussi sur un double sens, “a mask that's wearing me ”, à savoir un masque qui porterait littéralement l’individu, l’obligeant ainsi à entrer dans cette démarche de toxicité. Ce masque pourrait donc s’apparenter à une représentation de la société par certains aspects.



Le refrain nous achève au final de son message, avec notamment une référence à The Cure avec I'm a real boy, boy, and I cry nous rappelant fortement Boys Don’t Cry, hymne à la sensibilité et une autre à Nirvana à travers I Hate Myself And I Wan’t To Die / I love myself and I want to try , conjuguant vulnérabilité et sentiments dépressifs.


Enfin, la dernière phrase de l’extrait présenté peut-être interprétée doublement. “C’est pourquoi tu ne vois jamais ton père” peut faire référence à l’abandon paternel lié à, encore une fois, une forme de masculinité toxique ou bien au fait qu’on ne distingue jamais les réels sentiments de son père à cause du masque évoqué plus tôt. Je profite du fait que nous abordions le thème du père pour me permettre une petite parenthèse. Pour vous prouvez à quel point la masculinité et la figure paternelle étaint des éléments clefs de l'album, sachez que le groupe voulait initiallement choisir pour cover une vieille photo du père de Talbot ! Finalement, c'est une photo d'un groupe d'homme se battant lors d'un mariage qui illustrera l'album et définira son enjeu premier: pourquoi ces hommes devaient-ils gacher un si beau moment en en venant aux mains?

Samaritans est peut-être le morceau à retenir dans cet album. Résumant presque à lui tout seul le militantisme du groupe, il est aussi doté d’une sensibilité musicale forte, à l’image de ce final explosif définitivement dans les anals de 2018.

8- Television

Morceau écrit pour sa fille, Television est une chanson célébrant les identités propres et les défauts qui les composent. Comme parfaite justification je peux vous citer les mots de Talbot présents sur le feuillet de l’album vinyle:

[texte traduit]
“J’ai écrit cette chanson pour ma fille en m’imaginant les les discussions que nous pourrions avoir;
Un thème revenait régulièrement, elle se croyait laide
Tous mes amis se pensent laids, je me sens laid
C’est un putain de mensonge

J’ai écrit cette chanson pour Agatha
You are beautiful, just be true.


D’accord, ces paroles ne sont pas tirées de la chanson, mais qu’importe, le messages est là et ces quelques mots sont magnifiques. Ils sont magnifiques car c’est une belle ode à l'acceptation de soi, une invitation est être vrai avant de vouloir plaire, un bel exemple de relativisation.

Ce texte est aussi tragique quand on connaît la triste histoire qui en découlera. Bien qu’Agatha ne soit plus de ce monde, Talbot reste un père au fond de lui et est toujours prêt à véhiculer le message qu’il aurait aimé transmettre à sa fille.



Concernant la chanson en elle-même, cette dernière reprend les gimmicks des précédents: des textes violents sur un fond sonore l’étant tout autant. Concernant les paroles, ces dernières gravitent globalement autour du thème que je viens d’évoquer: l'acceptation de soi.


"So you pay through the nose
To look like someone else" :

Ces lignes font références aux personnes dépensant des fortunes dans des biens matériels pour ressembler à d’autres. Talbot aimerait voir les vraies personnes se cachant derrière tous ces éléments purement décoratifs et superficiels.

“I spoke to God in my dreams last night
She said I'd go to heaven if my teeth was white”

Ce passage est à caractère féministe. Dieu est ici représentée sous forme féminine.

Enfin, le refrain tacle directement les médias anglais trop amènent à véhiculer des modèles de beauté idéalisés auprès de son public.

“I go outside and I feel free
Cause I smash mirrors and fuck TV
I go outside and I feel free
Cause I smash mirrors and fuck TV”

Ici, le miroir peut représenter deux choses: le tabloïd Daily Mirror ou bien le reflet faussé que dépeignent ces médias sur la véritable apparence physique de la société.



Alors éteignez la télé, sortez prendre l'air, aimez vous.




9- Great

Bah bordel, enfin. Il aurait fallu attendre 8 morceaux pour que le Brexit soit enfin évoqué ! Il aurait été d’un comble certain de remarquer son absence à la fin de l’album, vous ne trouvez pas? Comme un message plein d'optimisme face aux peurs et au racisme de certains (ces mêmes aspects ayant motivé le vote pour le Brexit), Great est une chanson au caractère rassurant et à l'enthousiasme parfois forcé.

“ Blighty wants his country back
Fifty-inch screen in his cul-de-sac
Wombic charm of the Union Jack
As he cries at the price of a bacon bap
[pre-refrain]
Islam didn’t eat your hamster
Change isn’t a crime
So won't you take my hand sir
And sing with me in time”

Vous commencez à en avoir l’habitude, je vous ai sélectionné un petit extrait condensant quelqu’un aspect du combat politique du groupe.


“Blighty” est un terme péjoratif désignant la vieille génération anglaise rejetant les disfonctionnements du pays sur les migrants. C’est cette classe sociale qui a voté massivement pour le Brexit, privant égoïstement une nouvelle génération réputée pour être plus ouverte d’esprit et plus dans une attitude de partage. Idles n’est donc pas naïf et n’accable pas nécessairement le pouvoir exécutif pour ce triste résultat, mais bien les personnes ayant amené cette finalité à travers leur vote.

Dans un dialect très anglo-saxon, la ligne suivante fait référence au triste impact des médias sur le Brexit. Il est ici question de la télévision mais les tabloïds peuvent aisément être rajoutés dans le même panier. Des torchons comme le Sun ont notamment servi de support communicationnel majeur pour promouvoir le “leave”. En effet, les classes moyennes (suggéré par le cul-de-sac faisant référence aux pavillons résidentiels) ont largement été influencées par les médias précédemment cités.



Le groupe en profite aussi pour tacler avec humour les personnes s’offusquant de voir augmenter les prix des biens de consommation après avoir voté en faveur du Brexit, ce phénomène avait été prédit mais de nombreux foyer ont tout de même acté la suprise.

Enfin, le pré-refrain est une charge contre le racisme: L’Islam n’a pas mangé ton hamster, le changement n’est pas un crime. On reste sur du classique ici.



Ainsi, même si le rock anglais à perdu de sa splendeur vis-à-vis de son militantisme politique ces deux dernières décennies, il semblerait qu’un renouveau soit tranquillement en train de s’installer avec des sujets comme le Brexit comme cheval de bataille. En effet, les Smiths avaient Thatcher à démolir, la britpop avait Blair à promouvoir mais, après les désillusions liées à ce dernier, les générations succédant n’avaient plus eu la foi de s’engager dans de tels combats. Il aura donc fallu ces questionnements majeurs relatifs à l’identité nationale anglaise pour que des groupes comme Shame, Cabbage et donc Idles réveillent enfin le rock anglais et assure sa position auprès du rap en tant qu’acteur militant.

10- Gram Rock

Celle ci est plutôt marrante et sera plutôt rapide à étudier. D’après les mots du groupe, le morceau a été travaillé comme une concept-song qui mettrait en scène deux banquiers à un enterrement. Le thème de l’hypocrisie est notamment abordé avec ”I’m sorry your grand-dad’s dead”, reprenant les phrases typiques de soutien lors d’enterrement.

Par la suite, le morceau part en véritable pirouette, mixant satire des égos financiers avec des références plus pop-culture: ”10 points for Gryffindor” . En tant que francophone, j’ai encore un peu de mal à comprendre pleinement tout le sens de cette composition. Cependant, une chose reste certaine, on tacle ici l’hypocrisie des gros de la finance, ne pensant qu'à leurs victoires personnelles au pire des moments, lors d’un enterrement donc.


Musicalement, le morceau est tout aussi incroyable.

11 - Cry to Me

On arrive tranquillement à la fin de l’album et les points finissent inévitablement par se répéter. Il est ici question de solitude, de vulnérabilité et de Dirty Dancing.

12- Rottweiler

Je commence à fatiguer, je trouve plus grand chose à vous dire. Ah si, on a une référence à Toys Story, aux Smashing Pumpkins, et 1984.

On retrouve aussi une critique des tabloïds et j’ai bien l’impression que c’est autour de ce point que s’articule la majorité du morceau. Et pour conclure parfaitement l’album, un Unity! rageur lancé comme signe de ralliement face aux personnes ne souhaitant que discorde et fragmentation de la population anglais. Pfiou, je crois que j’ai fait le tour.





CONCLUSION

Le groupe a été invité de toute part. Il a sillonné les festival du monde entier, a été nominé au prestigieux bien qu'à présent désuet Brits awards et a pu bénéficier d’une exposition médiatique rare pour un groupe de punk. Inévitablement, lorsque l’on abordera le revival punk des années précédant 2020, Ildes sera un des premiers, si ce n’est le premier, groupe cité. Leur message à fait mouche. Il a su conquérir une ordre de journalistes new waves prêt à tout pour susciter l'intérêt de leurs articles en parlant des sujets brûlants de notre époque, il a su attirer l’attention des cérémonies de récompenses musicales ayant à présent la politique comme critère majeur d’attribution, mais avant tout, il a su redonner foi à toute une génération ne trouvant plus dans le rock d’aujourd’hui c’est qu’elle pouvait trouver dans le rock d’hier. Idles a été capable d’aborder des sujets sensibles, parfois peu aguicheurs et d’en faire un album bouillant, mêlant génie lyrique et compositions uniques. Car oui, bien qu’ayant axé cette review majoritairement (exclusivement plutôt) sur les paroles de l’album, je ne puis omettre de citer Adam Devonshire, Mark Bowen, Lee Kiernan, Jon Beavis sans qui Joy As An Act Of Resistance n’aurait pas eu la même saveur. Musicalement, c’est grandiose, indécent et tout plein d’adjectifs finissant en “en”. C’est un album remettant la guitare au centre de toutes les attentions, une formations aux rythmiques de fer, prêtes à te faire avaler la poussière et plaçant aisément Joy As An Act Of Resistance comme album de la précédente année.


Vivement 2019.

Points positifs

Des messages forts.

Une ambiance nouvelle ne puisant rien du passé.

Cohérence folle.

Je sais même plus quoi dire, y en trop.

Points négatifs

Une fin d'album un peu en deçà.

10

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