'Enema Of The State' par Blink-182

L'anniversaire d'un classique californien

Par Mael

le 23/06/2019

Dans Albums

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Alors que Blink-182 se perd en tournée avec Lil Wayne et semble préparer un album bien bancal pour la fin d’année, La Platine Intitulée revient aujourd’hui sur ‘Enema Of The State’, petit classique du groupe fêtant tout juste ses 20 ans.

Plaisirs coupables et grosses caisses

Peut-on parler de plaisirs coupables en musique ? Certains seront peut-être tentés de répondre que non, dans la mesure où tant qu’une forme d’art parvient à atteindre son objectif, à savoir, dans notre cas, procurer émotions ou encore vitalité, elle ne devrait se voir malmener pour répondre de quelconques règles d’anti-élitisme. Cependant, ici on est un peu de sales puristes, et ça nous fait vraiment plaisir de défoncer les trucs populaires pour s’extirper de la masse, alors, chez La Platine, on est plutôt tenté de répondre ‘oui’. Oui, les plaisirs coupables musicaux sont réels et il nous paraît assez délicat de défendre la thèse du contraire. Qui n’a jamais rejeté ses goûts musicaux douteux d’enfance ou bien la simplicité du mainstream? Pas grand monde. On est simplement comme ça, nous, les amateurs de musiques. Par fierté et pour protéger l’image qu’on a su façonner au fil des années, on a toujours eu tendance à garder nos p’tits instants kinder bueno pour nous et rien que pour nous. Il est de ce fait hors de question de se faire prendre en flagrant délit en train d’écouter une radio un poil trop populaire et bien un CD s’étant un chouilla trop vendu. C’est stupide, on s’y accord, mais on continue.


Si je vous raconte tout cela, c’est pour tranquillement amener mon expérience avec l’album dont il est question aujourd’hui. Sorti il y a tout juste 20 ans (j’ai râté son anniversaire d’une semaine…), ‘Enenma Of The State’ est l’un de ces albums cultissimes ayant eu un impact culturel massif. Quintuple disque de platine aux États-Unis et globalement toujours très populaire dans les milieux adolescents et parmi les fan de glisse, le troisième album de blink-182 reste le game-changer par excellence des années 2000. Alors, pour rendre une dernière fois hommage à cette tête d’affiche du pop-punk et tenter de vous expliquer pourquoi cet album reste mon plaisir coupable numéro un, je vous propose aujourd’hui une rétrospective d’’Enema Of The State’, l’album à l’origine de bien des dégénérescences des années 2000.

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photo de blink 182

Une monstruosité d'efficacité

‘Enema Of The State’ est une sacrée machine. Une machine faite de distorsion et de riffs incisifs. Calibré pour être une succession d'efficacité, l’album n’échoue en rien dans sa mission consistant à embarquer l’auditeur dans son rythme effréné. La recette est minutieusement pensée: une guitare jonglant entre riffs sur une corde et palm muting, une batterie totalement épileptique qui n’a pas peur d’en faire des caisses (oui, c’est un jeu de mot), des voix épurées au possible et une basse ne prenant quasiment jamais de pause au cours des morceaux. Tout va si vite, Don’t Leave Me, seconde chanson de l’album, en est peut-être la parfaite illustration, avec son introduction si virulente qu’elle en fait rapidement oublié la gentille ouverture de l’album, DumpWeed. Aliens Exist (qui est au passage ma petite favorite), applique aussi à merveille les points évoqués plus tôt, et que dire d’All The Small Things…


‘Enema Of The State’ donne finalement à l’auditeur tout ce qu’il souhaite entendre, un tourbillon d’hymnes grossières, parfaitement enchaînées et mixées. Cependant, n’allons pas non plus d’écrire un album où l’énergie décrédibiliserait la qualité intrinsèque au profit d’un ragoût totalement décoordonné. Non, ‘Enema Of The State’ est d’un lisse magistral. Produit pour être accessible, l’album n’a pas pour vocation de faire dans l’expérimental. Il bouscule par sa fougue, certes, mais en aucun cas pour d’audacieux essais auditifs. Tout est donc ici, l’art de jouer fort sans jouer neuf, l’art de gratter vite sans gratter du jamais-vu. Subtile balance qui fait donc ses preuves, Adam’s Song est un monument de construction pop-punk, Anthem est un bel exemple en terme de minimalisme et de rythme et, de manière plus générale, ‘Enema Of The State’ reste l’album efficace par excellence.

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Culturellement parlant, blink-182 n’aura pas pu mieux retranscrire son époque

Skateboard, filles, alcool. L’ambiance ne pourrait être plus clichée… et c’est justement pour ça que cela marche autant. Le groupe ne prend pas de pincettes et n’use point de métaphores, il va droit au but, sans détours ou quelconque délicatesse. Alors, pour votre plus grand plaisir, je vous propose à présent cette petite sélection:


“He's a player, diarrhea giver"
C'est un joueur, il donne la diarrhée


Blink-182 sur Dysentery Gary

"In my bed, back at home, watching TV alone"
Dans mon lit à la maison et regarder la télé seul
"Where I'd put on some porn or have sex on the phone"
J'aurai mis un film porno ou j'aurais fait l'amour au téléphone
"Far from people I hate, down from anywhere state"
Loin des gens que je déteste, descendant dans n' importe quel état
"Trying to intoxicate girls to give them head after the party"
Essayant de saoûler les filles pour me faire sucer après la fête

Blink-182 sur The Party Song

“The night will go on, my little windmill "
La nuit continuera, mon petit moulin à vent


Blink-182 sur All The Small Things


Bien, je pense que même les moins littéraires d’entre nous aurons compris le raisonnement: ‘Enema Of The State’ est écrit avec tout sauf un cerveau poétique. A lire les traductions, on se prend rapidement de rictus incontrôlables tant on s’étonne d’avoir pu dancer innocemment sur de telles absurdités. Cependant, pour faire un parallèle avec notre premier paragraphe, ce style d’écriture est pourtant recherché et peut-être même travaillé. En effet, le premier des crétins aurait pu agir plus subtilement, mais les gars de blink-182 ne l’ont pas fait, et cela pour une bonne raison: il fallait parler à la jeunesse américaine en totale roue libre de l’époque. Il fallait leur donner matière à déchaîner leur nonchalance et leur volonté d’indépendance, il fallait faire en sorte d’être authentique, quitte à en être parfaitement stupide. Une chose est sûre, ils ont pas raté le coche.

20 ans d’âneries, ça use.

Voilà donc pourquoi ‘Enema Of The State’ reste mon petit plaisir coupable favori. Rafraîchissant, communiquant instantanément une drôle d'insouciance et jouant assez efficacement avec les émotions avec lesquelles une adolescent est amené à jongler, voici un album dont le succès populaire est tout à fait explicable.
Alors, on lui pardonne son calibrage si automatique, la manière avec laquelle tout sonne comme une succession de singles ou encore sa puérile poésie: ‘Enema Of The State’ est un album fun, à faire tourner tout l’été autour d’une piscine vide.

Vous avez confiance dans le prochain blink vous? (pas moi)

Points négatifs

Aussi stupide qu'innocent

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7

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