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"Darkness To Light" par Sweet Smoke

Bienvenue au pays des merveilles

Par Matis

le 01/02/2019

Dans Albums

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Formé à New York en 1967 en plein Summer of love, le groupe Sweet Smoke part en 1969 pour l'Europe, ne parvenant pas à s'imposer parmi les clubs américains. Ils sortent alors leur premier album : Just A Poke. Sweet Smoke livre alors un voyage pysché, jazz, et surtout reposant et rêveur, à l'image de la magnifique pochette, totalement représentative de l'art psychédélique de l'époque (un dessin très surréaliste avec une multitude de couleurs).


Composé de seulement deux morceaux de 16 minutes, l'album annonce le style du groupe : de longues sessions d'improvisation (jam sessions) où chacun des musiciens interviennent tour à tour pour mettre à profit leur instrument, par de longs solos. Ainsi, malgré une mélodie que l'on retrouve tout au long d'une chanson, avec des paroles appuyées par la voix puissante de Michael Paris, les deux morceaux de ce premier album se caractérisent surtout par les longs solos des différents musiciens, du saxophone, de la guitare, de la flûte, et l'étirement de la mélodie pour former une longue pièce, ponctuée par l'arrivée du chanteur. Silly Sally est surtout reconnaissable pour son long solo de percussions (5 minutes!) et son très beau solo de saxophone qui suit. Mais alors pourquoi parler de Just A Poke ? Simplement parce que cette introduction permet de comprendre le style du groupe, leur processus créatif, et de voir dans quelle mesure leur deuxième album, sortit deux années plus tard, constitue un véritable renouveau pour le groupe, entre respect de ce qui les caractérisent et refonte de leur style. En effet, Darkness To Light regroupe tout ce que fait de mieux le groupe, tout en réinventant leur formule, en créant un mélange de morceaux plus écrits et de superbes moments de liberté.

Un air de dépaysement, entre jazz et psyché

Ce qui marque lorsque l'on écoute Darkness To Light, c'est l'alliage entre le rock psychédélique et le jazz. On retrouve le style psychédélique propre à la fin des années 60, avec un son reposant, comme une incitation au voyage et à la rêverie. Le caractère répétitif et entêtant du psychédélisme est surtout marquant après l'introduction du morceau Kundalini, avec le chœur qui scande une sorte de mélodie de musique traditionnelle, répétition qui sonne telle une incitation à les rejoindre. Le jazz va se retrouver dans les long moments de solos, d'improvisation, de musique instrumentale, en rappel à Just A Poke, mais en allant plus loin, les interventions des musiciens s’enchaînant d'une facilité étonnante. Mais la richesse de l'album se découvre au-delà. C'est une émotion de voyage qui va se dégager de l'écoute. La multitude d'instruments utilisée (violon, flûte, saxophone, des percussions en tout genre, des claviers, la voix qui, par le biais d’onomatopées, va faire un solo et se substituer aux instruments dans Kundalini...). Par ces divers timbres, le groupe va passer par divers influences. Ainsi, Just An Empty Dream, premier morceau, va constituer un morceau plus pop, de manière à faire entrer l'auditeur dans l'univers ; le début de Kundalini va se référer à de la musique traditionnelle, un peu primaire et brute ; Show Me The Way To The War va utiliser des bruitages de guerre - rompant radicalement avec le caractère doux de la chanson précédente - sons petit à petit écrasés par des bruits de soirée (on entend même des dialogues français « on peut parler français » ou « Ah... C'est merveilleux, c'est merveilleux ») ; Believe Me My Friends va avoir un côté rock et pop, et traditionnel avec le violon, puis des moments de douceur, de fragilité. Darkness To Light est donc une véritable fusion entre une multitude d'influences, permettant à l'auditeur d'être transporté à travers l'univers sonore proposé par Sweet Smoke.

Une ode à la liberté et à l'étonnement

Mais, ce qui m'a étonné en écoutant et en redécouvrant l'album, c'est la générosité artistique du groupe et la liberté qui va se dégager des compositions. En effet, les morceaux vont très largement s'affranchir des carcans des compositions rock et pop avec le classique schéma AABA, et des standards radiophonique. On va retrouver deux compositions dépassant les 10 minutes, le sublime Kundalini et la fantastique conclusion éponyme : Darkness To Light. Mais même les autres morceaux vont s'avérer originaux avec toujours de beaux solos, de durée diverse, venant distendre les durées des compositions. Quelques surprises vont également se glisser dans les morceaux, comme par exemple dans Kundalini où, au début de la douzième minute, le tempo change complètement, avec une nouvelle mélodie et de nouveaux instruments se superposant, et prenant la place du solo de guitare, comme si un nouveau morceau commençait alors, ou dans Show Me The Way To The War où la mélodie va parfois emprunter des chemins dissonants et inhabituels. On peut alors considérer que Darkness To Light constitue une œuvre de rock progressif, puisque de nombreux éléments s'y trouve : des compositions plus complexes, des influences de style divers, une multitude d'instruments rares au rock, des morceaux longs...

Darkness To Light est, comme vous avez sûrement remarqué, un coup de cœur. L'écoute de l'album est toujours l'occasion de découvrir de nouvelles facettes et de voyager mentalement, au gré des mélodies, des passages instrumentaux. C'est une œuvre qui sait emmener l'auditeur à ses côtés, pour lui montrer des visions reposées, hallucinées, rêveuses, oniriques, toujours pleines de couleurs, à l'image de la superbe pochette de l'album.