Game of Thrones, pourquoi tu as change ?

Par Mael

le 20/05/2019

Dans Hors-série

Bon, bon, je sais: à la base on est sensé parler musique. Mais là j'ai pas pu me retenir, il fallait que je place ces quelques pensées quelque part. J'espère que cela vous plaira tout de même ! Attention, spoilers.


Cher conte,

Les bonnes histoires, voilà ce qui unit les gens, certes. Cependant, et nous avons eu tout le loisir de le constater ces dernières semaines, les mauvaises semblent aussi avoir le pouvoir de rassembler.

Dire que Game Of Thrones est une piètre série serait parjure, des années durant, elle a su tracer, à grands renforts de d’écriture appliquée et de réalisation léchée, les lignes d’une des plus grandes fables contemporaines. Machineries du pouvoir, affranchissement du peuple, corruption ou encore guerres, n’y voyez pas récit du passé mais bien une métaphore de nos sociétés. Game Of Thrones a brillé, presque une décennie durant, à travers sa capacité à surprendre, à faire pleurer ou bien rire. Game Of Thrones a toujours su prendre son temps, a toujours su entretenir ses personnages avec manière ou à les faire disparaître lorsque ces derniers en venaient à être obsolètes pour l’intrigue. J’ai farouchement aimé Game Of Thrones pour cela. J’ai farouchement aimé cette série pour sa capacité à convaincre avec les mots plutôt qu’en usant d’effets spéciaux, je l’ai défendu corps et âme pour avoir réussi le pari fou d’adapter une oeuvre d’héroïc-fantasy sans avoir sombré dans les côtés ‘kitch’ malheureusement si récurrents au genre. A un certain stade de visionnage, je la considérais même comme étant l’oeuvre audiovisuelle de notre siècle. Oui mais voilà, l’histoire aurait été trop belle et le succès et les années ont très certainement dû peser bien lourd sur les épaules d’une production à bout de souffle. Le constat est plutôt simple, au fil des ans, la série a quelque peu perdu son âme. Loin de moi l’idée de vouloir rejoindre la masse de mécontents pour tenter de gratter quelques clics, non, je me base ici sur un réel ressenti dont j’aimerais aujourd’hui vous faire part.

Un retour en arriere

Inutile de débattre le contraire, les premières saisons de GOT étaient relativement dénudées sur le plan visuel. Exceptés les fantastiques soins apportés aux costumes et aux brushings des acteurs, il était évident que les moyens financiers engagés n’étaient pas conséquents: une dizaine de soldats par plan tout au plus, d’authentiques animaux, des décors réduits etc…


Cependant, et sans vouloir jouer la redondante carte du “les effets spéciaux c’est mal m’voyez”, il faut bien avouer que la série brillait par les stratagèmes employés pour combler ce relatif vide. Ainsi, pour compenser les batailles en hors-champ, les scripts nous proposaient d’intenses minutes de dialogues militaires, pour tenter de dissimuler la petitesse de la reproduction de Winterfell, la réalisation misait sur des scènes closes où les acteurs avaient tout le loisir de s’exprimer (ce qu’ils ont évidemment fait) et enfin, pour s’épargner de trop coûteuses représentations des marcheurs blancs, la série instaurait plutôt un climat de menace permanent et cruel, une menace presque implicite (car nous voyons tout de même les créatures à quelques reprises), basée sur les dires des personnages, sur les contes et légendes de leurs peuples… Tout cela pour dire que GOT s’était avant tout des dialogues prolongés, apportant éclaircissement à l’intrigue et développement des personnages, des jeux d’acteurs mémorables (bien qu’il en soit allé de la sorte jusqu’à la fin) et bien sûr un univers particulièrement riche en mystères à élucider.

Sur le plan visuel, nous avions le droit à des paysages particulièrement froids, et je ne parle pas uniquement du nord. A l’exception faite de Port-réal; forêts, auberges, campagnes ou campements étaient d’une noirceure éclatante. Ce point peut paraître anecdotique mais il était selon moi un élément majeur de la cohérence de la série: des paysages froids qui déteignent sur des personnages l’étant tout autant. Croyez moi sur mots, la violence n’est jamais plus crédible que lorsqu’elle se déroule sur lieu de désolation. Mettez en scène un assassinat ou une bataille dans un lieu trop lisse, trop idyllique ou trop ‘parfait’ visuellement parlant et vous êtes assuré de perdre votre spectateur.

En guise d’illustration prenez le duel Clegane-Brienne et ses reliefs vierges et froids comme seuls décors. Prenez la bataille de la Nera et ses plans si sombres qu’il en vient difficile de différencier qui-que-cela-soit. Prenez les scènes entre Théon et son bourreau ou bien même la bataille des bâtards et sa plaine immaculée comme seul décors. Ces scènes fonctionnaient toutes par leurs rudes simplesses et par l’écrasant chaos qu’elles pouvaient générer par le poid des mots ou des lances. Chaque mort n’en était que plus violente, plus violente car le cadre était dur, personne n’aimerait mourir sur une montagne de cadavre dans un bosquet perdu et plein Westeros, et ça la série s’avait le communiquer au spectateur. Ce dernier pouvait ressentir le choc de la mort d’un écuyer, rasé par une escarmouche, pouvait se morfondre face à la carcasse de l’enfant du boucher, péniblement traînée dans la nuit par un Clegane que le spectateur considérait alors comme la laideur absolue.


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Enfin, pour en terminer avec cette longue énumération des points me rendant nostalgique des débuts, parlons à présent du rythme. Game Of Thrones était lent, diablement lent. Deux saisons pour traiter du sort des sauvageons ? Cela ne posait tort à personne. Une demi-saison pour le trajet d’une armée entre deux positions géographiquement éloignées ? Cela ne rajoutait qu’immersion. Presque trois saisons pour développer une romance impossible, riche en tumultes et dramatique sur sa fin, entre un enfant du mur et une sauvage d’au delà ? Il le fallait. Les exemples ne manquent pas et je crois que vous savez de toute évidence où je souhaite en venir: nous nous attachions à ses personnages car nous les connaissions. Nous avons eu l’occasion de découvrir ce qui les habitait, leurs nuances, leurs plus grandes peurs et leurs plus farouches convictions. Les arcs étaient d’une rigeure exemplaire, soutenus par des épisodes entiers de développement, soutenus par un auteur au petit soin envers son héritage, soutenus par une production qui savaient prendre son temps et faire en sorte que ses personnages restent droits dans leurs bottes, qu’ils ne trahissent pas le spectateur par leur bipolarité ou par une quelconque précipitation dans l’écriture. Le lore était d’une richesse absolue, s’étalant de tout part, certes, mais garantissant à la série un cadre, un univers propres aux spéculations.

Maintenant vous voyez

Je pense que vous avez tous très bien compris où je souhaitais en venir. Prenez tous les arguments plus haut, prenez leurs inverses et tenter de comprendre pourquoi ces dernières saisons n’ont pas été à la hauteur. Tout est d’un lisse absolu, d’une vitesse déconcertante, d’un irrespect majeur envers les personnages de Martin et d’une caricature acerbe de films hollywoodiens. Car oui, que nous le voulions ou non, Game Of Thrones est la série la plus populaire du monde et cela est évidemment loin d’être sans conséquence: nous savons tous qu’il est difficile de mettre une laisse à un chien une fois qu’on lui a posé une couronne sur la tête.

Pour être honnête, je ne pense pas que Game Of Thrones aurait pu rester fidèle à ses débuts, la demande était trop grande et la tentation du pseudo ‘haut-de-gamme’ tout autant. Cependant, accélérer deux saisons entières, balayant ainsi la crédibilité de ses héros, est-ce vraiment justifiable? Je ne pense pas. Les producteurs auraient dû savoir. Ils auraient dû comprendre que l’essence même de leur série reposait sur ses personnages, sur les interminables dialogues dans les donjons de Port-Réal, sur les touchantes relations tissées sur des saisons entières. Les producteurs auraient dû anticiper que des décors numériques, lisses et dénués d’âme au possible seraient une catastrophe pour la série. Ils avaient toutes les cartes en mains mais ont préféré tout envoyer au tapis. L’erreur est grossière, les saisons 7 et 8 furent d’une vide abyssal, subsistant péniblement à travers le peu d’attache que pouvaient autrefois porter le spectateur envers ses personnages favoris. Mais sur la fin, c’est bien l’indifférence qui règne. Comment s’émouvoir de la mort de Daenerys quand cette dernière voit sa personnalité changer si précipitamment ? Comment s’émouvoir de la mort de Jaime et Cersei lorsque, à seulement deux pas d’eux, se trouvait une zone libre de tout gravat? Ici est la problématique. On y croit plus. A vouloir aller trop vite, à vouloir saper le développement d’un personnage pour une énième scène de carnage, à vouloir troquer le dialogue pour du spectacle, Game Of Thrones a perdu ses spectateurs à travers une fin pourtant si logique, mais terriblement mal construite. Ils étaient à ça. A ça de proposer la plus grande série de tous les temps. Mais il a fallu qu’avidité, qu’orgeuille et désinvolture se dresse sur le chemin d’une série pourtant destinée aux annales de l’histoire.

J’ai aime Game Of Thrones

Je le dis et ne cesserais de le répéter, ce fut un formidable voyage qui, une fois encore, nous prouve que l’arrivée n’est finalement pas le point le plus important. Je n’ai aucune haine envers l’équipe de production, ils ont fait leurs choix et nous devons les accepter. Cependant, je n’arriverais à m'ôter de la bouche ce goût d’incompréhension, de gâchis et d’abandon. Les spin-off ont intérêts à être bons.

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